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(titres de publication, de périodique et noms de colloque inclus)
2016-05-20 - Colloque/Présentation - communication orale - Français - 18 page(s)

Delizee Anne , "Stratégies argumentatives et discursives lors de la négociation d’un conseil en cours d’entretien psychothérapeutique : analyse de l’influence de l’interprète sur la relation interpersonnelle" in Interprétation pour les services publics : le discours de l'interprète et son influence sur la relation interpersonnelle — apport des approches discursives et argumentatives, UMONS, FTI-EII, Belgique, 2016

  • Codes CREF : Histoire de la littérature (DI5359), Pédagogie (DI4610), Traduction (DI5326)
  • Unités de recherche UMONS : Traduction spécialisée et Terminologie (T204)
  • Instituts UMONS : Institut de Recherche en Développement Humain et des Organisations (HumanOrg)
Texte intégral :

Abstract(s) :

(Français) La recherche en interprétation de dialogue a montré que par certaines de ses actions verbales et non verbales, l’interprète coordonne explicitement et implicitement l’interaction (Wadensjö 1998), et peut également, par le biais d’une coordination réflexive (Baraldi et Gavioli 2012), encourager les liens entre les intervenants primaires (IP) afin que chacun d’entre eux s’implique dans l’interaction et occupe l’espace de parole qui lui revient. L’interprète exerce-t-il encore une autre forme d’influence sur la relation interpersonnelle, et quel appareil conceptuel est-il à même de la mettre en évidence ? Pour répondre à cette question, nous procèderons à l’analyse discursive d’un conseil formulé par une psychothérapeute à sa patiente, de son rejet par cette dernière, et des restitutions de l’interprète. Le macro-acte de langage qu’est le conseil et sa négociation est en effet un terrain d’observation privilégié des positionnements intersubjectifs puisqu’il comporte une visée argumentative et des manifestations de politesse linguistique, afin de convaincre de l’accepter, ainsi que d’en motiver et faire accepter le refus. L’analyse des stratégies déployées par les IP comparée à celle des restitutions de l’interprète permet de cerner son propre positionnement interpersonnel par rapport aux deux protagonistes. Notre étude de cas se situe dans le cadre de la théorie du positionnement (Davies et Harré 1990, Harré et van Langenhove 1999) et s’appuie sur des outils conceptuels tirés de l’approche pragma-dialectique de l’argumentation (travaux de van Eemeren, Grootendorst et Houtlosser, e.g. 2004 et 2002), du modèle de la politesse linguistique de Brown et Levinson (1978) revisité par Kerbrat-Orecchioni (1992, 2011), de la théorie de la pertinence de Sperber et Wilson (1989), et de l’étude de certains marqueurs discursifs. Cet éclectisme méthodologique nous permet de répondre de manière nuancée à notre question de recherche, car en alliant plusieurs perspectives, il met clairement en évidence ce qui est dit, ce qui est communiqué, la manière dont c’est communiqué, et pourquoi c’est énoncé. La confrontation des interventions des IP et des restitutions de l’interprète montre que : — l’interprète est constamment engagée dans un processus d’émission d’hypothèses sur les hypothèses des IP (cf. Sperber et Wilson 1989 ; Mason 2006a et b) : elle formule ses restitutions en fonction de ce qu’elle a inféré sur le vouloir-dire du locuteur primaire (LP), de ce qu’elle suppose être manifeste ou pas au destinataire primaire (DP), et du point de départ argumentatif qu’elle suppose à ce dernier ; — elle construit ses restitutions en tenant à la fois compte de ce qui a été communiqué par LP, et des réactions verbales et paraverbales de DP, c’est-à-dire qu’elle est constamment engagée dans un processus d’adaptation réactive au destinataire (responsive audience design, Bell 1991 ; Mason 2000), ce qui la pousse à parfois modifier la stratégie argumentative de LP tant dans sa dimension dialectique que rhétorique ; — elle tisse ou renforce la cohérence argumentative entre les interventions de LP et les répliques de DP ; — elle est constamment engagée dans un jeu de politesse linguistique afin de ménager la face des IP, et tout particulièrement de la patiente, ainsi que de protéger sa propre face. Utilisant le langage dans sa fonction interpersonnelle, elle « […] facilite l’interaction en minimisant le potentiel de conflit et de confrontation inhérent à tout échange » (Lakoff 1990 : 34) ; — elle renforce la relation d’empathie et d’alliance entre les IP. Au cours de cette séquence, l’interprète s’est donc auto-positionnée en responsable de la pertinence et de la cohérence argumentative de l’échange, en médiatrice relationnelle, en assistante des IP et en juge de la pertinence des informations à transmettre. Les observations formulées tout au long de notre analyse convergent toutes pour montrer que l’interprète ne se comporte pas comme un convertisseur linguistique traitant du texte en restant extérieure à l’interaction (talk as text, Wadensjö 1998 : 21 et seq.), mais bien comme une troisième partie à l’interaction, traitant les énoncés primaires et ses propres restitutions comme les manifestations d’une activité de communication (talk as activity, idem) qui implique de tenir compte de ce qu’a communiqué le locuteur primaire, des réactions du destinataire primaire et de sa propre place dans l’échange. L’interprète est à la fois un destinataire et un locuteur non réifiés, et depuis cette position, dans un rapport dialogique avec les IP, elle opère des choix argumentatifs et discursifs qui influencent le déroulement de l’échange et les relations interpersonnelles, au-delà de la coordination implicite, explicite et réflexive de l’interaction. Nous présenterons un cas d’étude, nous nous garderons donc de toute généralisation imprudente. Ce cas a cependant le double mérite de prouver que les outils conceptuels choisis, peu ou pas du tout exploités en interprétation de dialogue jusqu’à présent, sont productifs afin d’éclairer la relation interpersonnelle au sein de la triade, et de rejoindre les études de plus en plus nombreuses qui démontrent la part active de l’interprète dans l’interaction (e.g. Angelleli 2004a et b, Baraldi 2012, Bot 2003, Gallez 2014, Mason et Stewart 2001, Metzger 1999, Roy 2000, Wadensjö 1998).