DI-UMONS : Dépôt institutionnel de l’université de Mons

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2016-12-09 - Colloque/Abstract - Français - 1 page(s)

Delizee Anne , De Ridder Pascale, "L’interprète-kaléidoscope ou le questionnement identitaire de l’interprète en santé mentale. Un état de la question" in 18ème colloque de la revue L’autre, cliniques, cultures et sociétés organisé par l’Université de Bordeaux « Santé, migrations, médiations » et l’association Mana - Cliniques transculturelles : « Interprétariat en santé : traduire et passer les frontières », Bordeaux, France, 2016

  • Codes CREF : Communication interculturelle (DI4718), Linguistique appliquée (DI5320), Communication interpersonnelle (DI4717), Traduction (DI5326)
  • Unités de recherche UMONS : Traduction spécialisée et Terminologie (T204)
  • Instituts UMONS : Institut de Recherche en Développement Humain et des Organisations (HumanOrg)

Abstract(s) :

(Français) Dans le contexte actuel d’afflux massif de demandeurs d’asile, la profession relativement neuve d’interprète en milieu médical et social prend plus que jamais son sens. Pour ces personnes déplacées, la perte des repères socio-culturels, la confrontation au pays d’accueil et à la procédure d’asile peuvent entraîner de grandes souffrances psychologiques. De plus, certains ont vécu dans leur pays d’origine ou durant le trajet des événements où leur vie ou celles de leurs proches ont été brutalement mises en danger. Ces expériences peuvent entraîner le développement de symptômes qui nécessitent une prise en charge psychothérapeutique spécialisée, rendue possible grâce à l’intervention d’interprètes. Dans ce cadre-là, quel rôle l’interprète est-il appelé à jouer ? L’écrasante majorité des codes de conduite pour interprètes en milieu social ne différencient pas les secteurs d’intervention : en santé mentale comme dans les autres secteurs, l’interprète se doit d’être précis (e.g. aucune omission ni ajout) et impartial (e.g. ne pas donner son avis même s’il est sollicité, ne s’engager dans aucun aparté) — (Marjory Bancroft 2005). Il est souvent appelé à être un outil désincarné, « un instrument sans rapport affectif », dont le but est de « traduire des mots dans une autre langue », comme le précise par exemple le profil-métier de l’interprète en Belgique francophone (COFÉTIS s.l.n.d.). Cependant, les interprètes que nous côtoyons dans le secteur de la santé mentale font souvent état d’un conflit de rôle : « En santé mentale, notre rôle est vraiment spécifique, c’est très complexe. [...] Je suis parfois écartelée entre ce que je sais que je peux faire déontologiquement, et ce que certains thérapeutes attendent de moi. » (Groupe de réflexion 2014, avis d’un interprète). La position de l’interprète en santé mentale semble en effet « […] conflictuelle et inconfortable. L’interprète ne parvient pas à rester «extérieur à l’action », et se trouve face à une intense mobilisation interne, sur les plans affectif, cognitif et culturel. » (Goguikian Ratcliff et Suardi 2006 : 45) Il peut être pris à partie dans ses repères professionnels, personnels et culturels (Goguikian Ratcliff et Changkakoti 2004 : 262). Un véritable questionnement identitaire se pose de toute évidence à l’interprète en santé mentale (Denis-Kalla et Moussaoui 2003). Afin de mieux cerner ce questionnement identitaire et tenter d’en éclairer l’origine, nous avons passé en revue la littérature scientifique qui est consacrée à ou qui aborde ce qui est considéré comme le rôle ou les éléments constitutifs du rôle de l’interprète professionnel en santé mentale. Nous avons jusqu’à présent analysé 90 travaux traitant de cette problématique, effectués par des chercheurs et acteurs de terrain à travers le monde. Nous avons conceptualisé les rôles, fonctions et positions que l’interprète en santé mentale est susceptible d’adopter et en avons schématisé l’éventail. Cet état de la question détaillé met clairement en évidence, de manière nuancée, le très large éventail des attentes des professionnels de la santé mentale envers l’interprète, et indique que son implication émotionnelle, cognitive, interpersonnelle et personnelle est de plus en plus souvent considérée comme indispensable. En fonction de nombreuses variables que nous mettrons en évidence, la relation thérapeute-interprète se décline différemment : l’interprète peut se faire machine et convertir des mots, ou interprète-collaborateur qui co-construit la réflexion thérapeutique, en se faisant notamment référent linguistique, co-diagnosticien sur le versant linguistique, indicateur, référent ou médiateur culturel, co-intervenant, médiateur relationnel, figure de triangulation, vecteur de la thérapie, etc. En fonction de la situation, l’interprète se déplace sur un continuum allant de réification à autonomie complète. L’interprète en santé mentale est un véritable kaléidoscope de positionnements intersubjectifs possibles. Nous avons conçu cet état de la question comme un outil de réflexion à destination principale des thérapeutes et des interprètes, afin que chacun puisse prendre conscience de la grande hétérogénéité de cette pratique et s’engager dans un dialogue où exprimer ses attentes, perceptions et difficultés. En d’autres termes, nous rejoignons Betty Goguikian Ratcliff (2010) et Leanza et al. (2014) dans leur invitation à consolider, voire tout simplement à créer, une diaculture professionnelle entre praticiens et interprètes. C’est grâce à ce dialogue, dégagé de toute pression prescriptive, que la richesse que recèle l’interprétation en santé mentale pourra s’exprimer.