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2021-10-14 - Colloque/Présentation - communication orale - Français - page(s)

Pierard Lorine, Delizee Anne , "Quand interpréter en milieu social entraîne une détresse psychologique" in Colloque international "Traduction et migration", Valenciennes, France, 2021

  • Codes CREF : Communication interculturelle (DI4718), Communication interpersonnelle (DI4717), Traduction (DI5326)
  • Unités de recherche UMONS : Traduction spécialisée et Terminologie (T204)
  • Instituts UMONS : Institut de Recherche en Développement Humain et des Organisations (HumanOrg)
Texte intégral :

Abstract(s) :

(Français) De nombreux interprètes en milieu social manifestent des symptômes physiques et psychologiques associés à un état de stress aigu (Loutan et coll. 1999). Ces réactions ont été constatées en santé mentale, et notamment lors de la prise en charge de victimes de torture (e.g. Crezee et coll. 2011, Doherty et coll. 2007), en santé somatique (e.g. Butow et coll. 2012, Hordyk et coll. 2017), dans le secteur des demandes d’asile (e.g. Holmgren et coll. 2003, Lor 2012), ou encore chez des interprètes tous secteurs confondus (e.g. Baistow 1995, Lai 2015) et des étudiants en interprétation (Valéro-Garcès 2001). Nous avons dès lors établi un état de l’art de la recherche sur ce phénomène avec pour objectif de déterminer les types de stress potentiels, les causes et les solutions. Nous avons actuellement répertorié 24 études en français et anglais qui abordent ces aspects. Nous avons appliqué à ce corpus une analyse de contenu (Paillé et Mucchielli 2013), ce qui a abouti à l’identification de trois différents types de stress, sept causes et trois types de stratégies d’adaptations adoptées par les interprètes ou proposées par les chercheurs. L’interprète est potentiellement soumis au risque de l’usure de compassion, de stress secondaire et de burnout. Parmi les sept causes identifiées, citons le dépassement du rôle normatif qui suscite un conflit de rôle (e.g. Butow et coll. 2012, Delizée 2018), l’exposition et la transmission des récits traumatiques (e.g. Bontempo et coll. 2012), les spécificités de certains secteurs d’intervention (e.g. Engstrom et coll. 2010, Schenker et coll. 2018) et les conditions de travail (e.g. Baitow 1995). Les solutions peuvent être regroupées en trois catégories : les stratégies à visée formative, à visée de délestage émotionnel, et les stratégies institutionnelles et statutaires (e.g. Bontempo et coll. 2012, Delizée et coll. 2021, Holmgren et coll. 2003, Miller et coll. 2005, Splevins et coll. 2010). Cette détresse psychologique, encore sous-étudiée, mérite l’attention et les efforts de tous les acteurs de ce secteur afin d’améliorer le bien-être au travail des interprètes. Les implications sont nombreuses : baisse de la qualité de l’interprétation, taux d’absentéisme élevé, perte de temps et d’argent consacrés à la formation de professionnels qui finissent par cesser de prester dans ce domaine, etc. La santé mentale des interprètes en milieu social est une problématique qui doit être prise à bras le corps par les acteurs du domaine, au bénéfice non seulement des interprètes eux-mêmes, mais également des allophones et des prestataires de services, qui dépendent directement de la qualité de l'interprétation.