DI-UMONS : Dépôt institutionnel de l’université de Mons

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(titres de publication, de périodique et noms de colloque inclus)
2019-03-06 - Colloque/Présentation - communication orale - Français - 15 page(s)

Scoubeau Chantal , Durieux Marianne , Lago Noémie , Pouleur Jean-Alexandre , "Does Digital Citizen participation allow a better taking into account of the needs of the Citizens ?" in 10th International Symposium "The emergence of the Smart City: stakes, challenges, practices and impacts for public governance", Esch-sur-Alzette/Belval, Luxembourg, 2019

  • Codes CREF : Sociologie urbaine (DI4134), Urbanisme et architecture (aspect sociologique) (DI2650)
  • Unités de recherche UMONS : Marketing et Communication (W727), Architecture et Société (A530)
  • Instituts UMONS : Institut de Recherche en Développement Humain et des Organisations (HumanOrg)
  • Centres UMONS : Urbanisation Revitalisation Bâtiment Architecture Innovations Espaces (URBAINE)

Abstract(s) :

(Français) La participation citoyenne numérique favorise-t-elle une meilleure prise en compte des attentes citoyennes ? Le processus de consultation et la mobilité de la ville de Mons Auteurs : Scoubeau Chantal, Lago Noémie, Durieux Marianne, Pouleur Jean-Alexandre et Simoens Pascal. La proposition s’inscrit dans l’axe 1 de l’appel à projet de communication : « AXE N°1 : GOUVERNANCE PUBLIQUE DES VILLES INTELLIGENTES » La problématique de la gouvernance des Smart Cities est au cœur des préoccupations actuelles. Elle représente un des volets fondamentaux de la ville intelligente. Au sein de cette dimension spécifique, la participation citoyenne digitale représente un réel challenge pour les villes. Comment la mener ? Quels outils utiliser ? Comment gérer les données ? Comment permettre une complémentarité entre approche digitale et approche classique ? Tant de questions auxquelles les villes doivent trouver une réponse pertinente que nous analysons par le décodage des modalités pratiques d’un processus participatif numérique initié par la Ville de Mons. En effet, cette ville vient de procéder à un tournant permettant aux habitants d’entrer dans la participation virtuelle. Les Universités wallonnes (Belqique), grâce aux soutiens régionaux et au fonds européen de développement régional (FEDER), se penchent actuellement sur ces interrogations au travers du volet gouvernance du portefeuille de projets Wall-e-Cities. Ce dernier vise à conseiller les villes et les entreprises wallonnes et à se structurer ensemble pour développer la ville intelligente. Fondé sur les théories ébauchées par Rudolf Giffinger (2018), le portefeuille de projets s’inspire des six piliers classiques que sont l’Économie, l’Habitat, l’Écocitoyenneté, la Mobilité, l’Environnement et la Gouvernance. La recherche présentée et menée par l’équipe de l’institut de recherche humanOrg de l’UMONS s’inscrit au sein du pilier gouvernance et traite, dans cet article, d’une plateforme numérique visant le renforcement de la démocratie participative. Le cadre théorique mobilisé au sein de cette recherche allie participation citoyenne, architecture et sociologie urbaine. Le terrain d’étude choisi est principalement celui de la ville de Mons. Ville moyenne wallonne ayant récemment mis en place une plateforme numérique de consultation citoyenne. Le choix de la ville de Mons a été motivé notamment par l’historique de consultation citoyenne. En effet, Mons mène une politique très volontariste depuis les années 1970 en matière d’urbanisme participatif et a été primée à ce titre par le Conseil de l’Europe en 1975 comme une cité à la pointe du retour en ville. Le cadre d’émergence de ces processus urbains est décrit précisément par Ragon (1977). Ces démarches visant à utiliser le numérique par la participation ont déjà été initiées par Alexander (1975) et nous tentons de les actualiser dans un contexte architectural et urbanistique balisé par Picon (2015). En 2017, Demain Mons (nom de la plateforme numérique : http://www.demain.mons.be/) a fonctionné en version ascendante visant la co-création du projet de ville Mons 2025. Les citoyens étaient invités à déposer leurs idées ainsi qu’à voter pour les idées des autres (like, unlike). La plateforme numérique mise en place a été utilisée en compléments d’outils classiques de participation (réunions citoyennes dans les différentes entités de la ville, questionnaires papier). Les thématiques couvertes par la plateforme étant particulièrement large et le nombre de données fort important, nous avons focalisé l’analyse sur une problématique présente dans de nombreuses villes et représentant un enjeu important tant pour les citoyens que pour la ville elle-même et son environnement : la mobilité. La méthodologie utilisée pour appréhender le terrain se voulait inductive et s’appuie sur la grounded theory de Glaser et Strauss et plus particulièrement sur son interprétation actuelle à travers la Méthodologie de Théorisation Enracinée (MTE Guillemette) . Elle part des données, en l’occurrence l’ensemble des idées récoltées sur la plateforme Demain Mons entre février et décembre 2017. Le fichier contient plus de 910 contributions classées selon 12 catégories. Plusieurs étapes peuvent être identifiées. Nous avons tout d’abord rencontré différents acteurs de la ville afin de cerner la problématique et les objectifs définis pour la plateforme. Ces rencontres nous ont également permis d’identifier les difficultés rencontrées dans la gestion de la plateforme. Nous avons ensuite, grâce au logiciel QSR Nvivo, analysé le contenu de toutes les propositions liées à la mobilité. Cela a permis de mettre en évidence les centres d’intérêt principaux de la population par rapport à cette problématique : La circulation, les routes, le parking, les écoles, les personnes à mobilité réduite, les politiques de sensibilisation de la population, la sécurité routière, les transports en commun, les vélos et quelques coups de gueule plus spécifiques (notamment liés à la construction de la nouvelle gare). Nous avons ensuite, réalisé une analyse plus quantitative liée aux votes des différents citoyens sur les propositions présentes sur la plateforme. Cette analyse nous a conduits à identifier un certain nombre de limites à la méthode, mais cela nous a quand même permis d’établir un « arbre de la mobilité » dont l’importance des branches représentait l’importance de la problématique aux yeux des citoyens. Cet arbre permet une identification rapide des préoccupations de la population montoise. Mais l’analyse fine de contenu montre que ces données quantitatives sont à prendre avec précaution. À les suivre sans analyse critique, il semblerait que de très nombreux Montois revendiquent fermement et avant tout la mise en place d’une ville cyclable. Nous nous sommes ensuite replongés dans les données afin d’identifier les caractéristiques de chaque proposition : problèmes, problèmes et solutions, solutions sans problème... Ces résultats ont été mis en parallèle avec ceux issus des réunions citoyennes. La nature des propositions semble en effet différente. On comprend alors mieux l’effet que peuvent avoir eu les réseaux sociaux, particulièrement bien maitrisé par certains acteurs et nettement moins bien par d’autres. Ceci semble expliquer le plébiscite pour le vélo organisé par les milieux « provélo ». Cette solution cycliste cache l’identification d’une problématique de congestion du trafic par la mauvaise organisation et utilisation des abords des écoles. Aux heures de pointe, la moitié de la ville se trouve quasiment à l’arrêt autour des écoles. Enfin, notre centre d’intérêt étant la mobilité, nous nous sommes ensuite replongés dans le terrain en réalisant des observations à différents moments et à différents endroits de la ville. Ces données d’observation ont été complétées par la récupération de données de trafic issues de Google trafic illustrant la saturation des voies d’entrée de la ville à certaines heures. Tout ceci fait l’objet de croisement avec les études urbanistiques antérieures (Schéma de Structure Communal et Plan Communal de Mobilité). Le diagnostic confronte les attentes récoltées par la plateforme avec les besoins en matière de mobilité définis par des experts. Les contradictions, paradoxes, biais et limites en ressortent. Par exemple, la plateforme créée et gérée par une startup (CitizenLab) favorise-t-elle les enjeux du bien commun et un vrai processus bottom-up ? Comment ce nouveau mécanisme amplifie, bouleverse ou dénature-t-il ce qui est entendu par participation citoyenne ? L’usage de cet outil permet-il de poser la question de la participation citoyenne de manière différente de celle amenée par les références en la matière comme Christopher Alexander ? La dernière étape de notre approche inductive nous a menés à confronter les résultats issus de ces différentes approches avec les écrits des auteurs antérieurs, notamment Arnstein (1969). Un élément frappant est que la mise en place d’une technologie favorisant l’innovation sociale par la participation n’a pas été l’objet d’un débat contradictoire public en amont du lancement du processus. Les approches développées au travers des plateformes et autres outils de ce type sont cependant de plus en plus intrusives. À l’heure d’une prise de conscience de l’importance des données personnelles au travers du RGPD, on peut s’en étonner. Notre première analyse qui portait sur 600 contributions dont une centaine sur la mobilité est actuellement en phase de mise à jour au vu des 300 dernières contributions. Elles ont comme particularité d’être consécutives à des réunions participatives classiques au sein des quartiers. Nous constatons d’ores et déjà que sur la thématique que nous développons, celle de la mobilité le nombre de contributions est passé d’une centaine à plus de deux cents. Cela pourrait s’avérer symptomatique de certaines difficultés liées à l’usage de la participation numérique. Nous mettrons en évidence les apports complémentaires des approches participatives traditionnelles et cette nouvelle forme de participation numérique. Cette recherche-action devrait faciliter la mise en place de recommandations envers les villes qui désirent s’inscrire dans un tel processus. Un atelier participatif organisé par Futurocité à destination des Villes wallonnes en collaboration avec les partenaires du projet relayant les difficultés rencontrées par les habitants et d’autre part des prototypeurs de solutions smart pourra probablement alimenter également les résultats obtenus. Références bibliographiques sommaires : - ALEXANDER Christopher (1975). The Oregon Experiment. Berkeley, trad. Franç Une expérience d’urbanisme démocratique, Paris, 1976. - ARNSTEIN S. (1969). A ladder of citizen participation. Journal of the American Institute of Planners 35(4): 216-224. - GLASER, B. G., & STRAUSS, A. L. 1967, The discovery of grounded theory. Chicago, Adline. - GIFFINGER R. (2018). « The smart city model. Dans : European smart cities ». http://www.smart-cities.eu/model.html, accès le 5 octobre 2018. - LUCKERHOFF J. & François GUILLEMETTE F. (2012), Méthodologie de la théorisation enracinée, Fondements, procédures et usages, Presses de l'Université du Québec, Québec. - PICON, A., 2015. SmartCities, A spatialised Intelligence. Chichester: John Wiley & Sons ltd. - RAGON , M., 1977. L'Architecte, le Prince et la Démocratie : Vers une démocratisation de l'Architecture ?. Paris: Albin Michel.