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2006-07-06 - Colloque/Présentation - communication orale - Français - 0 page(s)

Delvaux Véronique , "Production et perception des voyelles nasales. Comparaison entre français septentrional et français québécois " in Colloque 'Phonologie du Français contemporain 2006’, Centre de recherches Valibel, UCL, Louvain-la-Neuve, Belgique, 2006

  • Codes CREF : Phonétique (DI5312)
  • Unités de recherche UMONS : Métrologie et Sciences du langage (P362)
  • Instituts UMONS : Institut de recherche en sciences et technologies du langage (Langage)
Texte intégral :

Abstract(s) :

(Français) Dans le cadre de notre thèse de doctorat, nous avons montré expérimentalement que les voyelles nasales du français septentrional sont prononcées avec une configuration orale modifiée par rapport aux orales correspondantes, en plus de l’abaissement du voile du palais (Delvaux & Soquet, 2001, Delvaux et al. 2002, Delvaux, 2003). Les expériences de perception menées permettent de soutenir l’hypothèse selon laquelle ces ajustements articulatoires font partie d’une stratégie contrôlée de la part des locuteurs, en vue d’optimiser la perception de la nasalité chez les auditeurs (Delvaux et al., 2004). Les locuteurs du français septentrional pourraient ici tirer parti d’un mécanisme auditif général préexistant et commun à tous les êtres humains, en l’occurence l’intégration perceptuelle des dimensions acoustiques de Gravité et de Compacité. Les voyelles nasales du français québécois constituent un défi pour qui soutient une telle hypothèse, parce qu’elles sont antériorisées, et non postériorisées, par rapport aux orales correspondantes. L’étude comparée de la production et de la perception de la nasalité en français septentrional et québécois constitue donc un cas d’étude pour des questions centrales en phonologie, telles que le statut phonologique des variantes dialectales et de la covariation phonétique, ainsi que les relations entre système auditif, catégories phonologiques, et expérience linguistique. Cette communication concerne les résultats de deux séries d’expériences menées auprès de locuteurs québécois (Montréal): des expériences de production et des expériences de perception de la parole. Les expériences de production ont consisté en une étude aérodynamique, une étude articulatoire (par ultra-sons ainsi que par enregistrement vidéo des lèvres), et une étude acoustique, à partir d’un corpus constitué de mots et de non mots. Dix locuteurs ont participé à l’expérience. Les résultats confirment que les voyelles nasales québécoises sont avant tout diphtonguées en position accentuée (Martin et al., 2001). F2 suit une trajectoire dynamique au cours de la voyelle, vers une fréquence plus élevée dans le cas de /??, ??/, vers une fréquence moins élevée dans le cas de /??, ??/. Les voyelles antérieures évoluent donc vers une cible plus antérieure, et les postérieures vers une cible plus postérieure. Les arrondies /??, ??/ sont également plus arrondies en fin de diphtongue. Enfin, l’abaissement du voile du palais est relativement tardif, ne survenant qu’à partir du second tiers de la diphtongue. On observe donc que la réalisation phonétique du contraste de nasalité vocalique diffère selon les dialectes du français. Notre hypothèse est qu’il s’agit là d’une réorganisation en catégories phonétiques distinctes, spécifiques à chaque communauté linguistique. Une telle réorganisation aurait pour fonction de porter le contraste phonologique de nasalité de la façon la plus efficace possible, notamment du point de vue de l’auditeur. Les études de perception visent notamment à tester cette hypothèse. Les expériences de perception ont été réalisées auprès de dix auditeurs à partir d’un ensemble de stimuli semi-synthétique (items CV où seule V est synthétique). Chaque stimulus occupe une position dans un espace à trois dimensions, qui représentent les dimensions acoustiques le long desquelles varient les continuums orale/nasale pour les voyelles du français québécois: la Compacité, la Gravité et la Diphtongaison. La compacité représente les effets acoustiques de l’abaissement du voile du palais. Elle est implémentée via la manipulation des bandes passantes de F1, F2, F3. La Gravité est liée à la fréquence de F2 et représente l’antériorisation ou la postériorisation de la voyelle. La Diphtongaison concerne ici l’évolution temporelle de la fréquence de F2. A partir de ces stimuli, deux séries d’expériences perceptuelles ont été menées. La première est une série d’expériences d’identification, qui visaient à vérifier la validité des dimensions acoustiques sélectionnées en tant qu’indices perceptuels de la nasalité. Les résultats montrent que la Compacité seule (corrélat de l’abaissement du voile) est nécessaire mais non pas suffisante à la réalisation des nasales du français québécois. La seconde série d’expériences consistait en un ensemble de tâches de discrimination sur les mêmes stimuli considérés deux à deux. A l’aide de la technique de proportionalisation multidimensionnelle, l’analyse des performances mesurées en termes de d’ permet de reconstruire l’espace perceptuel correspondant à l’espace acoustique initial des stimuli (Macmillan et al. 1999). C’est dans l’espace ainsi dérivé que l’on détermine quel type d’interaction entretiennent les diverses dimensions acoustiques dans la perception de nos auditeurs. Les résultats sont actuellement en cours d’analyse. L’objectif de ces expériences est de déterminer dans quelle mesure la perception des auditeurs est influencée par leur expérience linguistique et par les caractéristiques préexistantes du système auditif, notamment dans les cas ou celles-ci entrent en conflit : jusqu’à quel point les communautés linguistiques concernées recourent-elles à des variantes phonétiques qui favorisent la perception de la nasalité ? En résumé, nous proposons d’étudier le cas des voyelles nasales du français afin d’investiguer plus généralement la question des relations entre perception et variation dialectale, entre expérience linguistique et capacités auditives préexistantes, entre variation phonétique et catégorisation. Références Delvaux, V. 2003. Contrôle et connaissance phonétique : les voyelles nasales du français. Unpublished doctoral dissertation. Delvaux, V., Demolin, D., Soquet, A., & Kingston, J. 2004. La perception des voyelles nasales du français. XXVèmes Journées d’étude sur la parole, Fès, 157-160. Delvaux, V., Metens, T., & Soquet, A. 2002. French nasal vowels : acoustic and articulatory properties. Proceedings of the 7th International Conference on Spoken Language Processing, Denver, 1, 53-56. Delvaux, V., & Soquet, A. 2001. Discriminant analysis of nasal vs. oral vowels in French : comparison between different parametric representations. Proceedings of the 7th European Conference on Speech Communication and Technology, Aalborg, 1, 647-650. Martin P., Beaudouin-Bégin, A.-M., Goulet, M.-J. & Roy J.-P. (2001). Les voyelles nasales québécoises, étude perceptive, acoustique, fonctionnelle et attitude des locuteurs. La linguistique, 37/2, Paris, PUF, pp. 49-70.