DI-UMONS : Dépôt institutionnel de l’université de Mons

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2017-10-27 - Colloque/Présentation - communication orale - Français - 10 page(s)

Staquet Anne , "Hobbes : de la peur à la jouissance des biens partagés" in Discours d'Europe, discours sur l'Europe. Peurs anciennes et actuelles, Turin, Italie, 2017

  • Codes CREF : Anthropologie philosophique (DI5414), Philosophie politique (DI5415)
  • Unités de recherche UMONS : Philosophie et Histoire des Sciences (S808)
  • Instituts UMONS : Institut de recherche en sciences et technologies du langage (Langage)

Abstract(s) :

(Français) La notion de peur joue un rôle prépondérant dans la constitution de la société chez Hobbes. En effet, c'est la peur – qui est considérée comme une des passions fondamentales – qui justifie le passage de l'état de nature à la société civile, par l'instauration d'un souverain. Pour garantir leur sécurité, l'ensemble des habitants transfère leur droit de se gouverner soi-même à un souverain, lequel à pour mission première d'assurer la paix et la sécurité de chacun. La peur joue donc un rôle absolument déterminant mais aussi positif. En outre, c'est notamment par la peur des sanctions que le souverain peut maintenir le peuple dans l'obéissance. La peur n'est donc pas une passion qui a été utile à un moment donné et qui peut être purement et simplement supprimée une fois que l’État a été constitué. Vu depuis nos valeurs et considérations actuelles, on imagine immédiatement une société dictatoriale ou, à tout le moins, une société qui accorde à la sécurité le rôle essentiel au détriment des valeurs de liberté et de bien vivre. C'est en effet souvent ainsi que la philosophie politique de Hobbes est considérée. Pourtant, il n'y a aucune opposition chez Hobbes entre l'un et l'autre mode de vie, au contraire, l'un n'ayant pas de sens sans l'autre. En effet, le souverain – qui peut être une personne (et on est alors en monarchie), un petit nombre (aristocratie) ou l'ensemble des citoyens (démocratie) – doit certes garantir la paix et la sécurité, mais tout autant tous les avantages de la vie en société. Or, la liberté et la solidarité font justement partie de ces bienfaits possibles par la vie en commun. C'est peut-être justement parce que la peur ne s'oppose pas à d'autres valeurs telles que la liberté et la jouissance des autres biens de la société que la philosophie politique de Hobbes n'a pas seulement un intérêt historique, mais aussi une utilité pour nous amener à concevoir différemment la science politique. Dans cette communication, je me propose de montrer 1° ce qu'est la peur chez Hobbes et sur quoi elle se porte, 2° le rôle positif de la peur pour la vie sociale et 3° comment le fait de devoir garantir la paix ne se limite pas à garantir la sécurité, mais implique aussi la mise en place des valeurs aujourd'hui opposées aux politiques sécuritaires. Je terminerai en tentant de voir concrètement ce que cela impliquerait si on transposait l'analyse des monarchies européennes d'alors aux États européens d'aujourd'hui. Pour ce faire, j'étudierai les textes fondamentaux de Hobbes et particulièrement son Léviathan. Comme ce philosophe a construit son système à partir de l'observation des dangers qui menaçaient l'Angleterre du XVIIe siècle, je comparerai avec les principales peurs qui sont ressenties en Europe aujourd'hui et j'analyserai si les solutions qu'il propose pourraient avoir quelque pertinence actuellement dans le cadre européen. Pour ce dernier volet, je m'appuierai sur (Breton 2000, Delumeau 1978 et 1984, Guillaumou 2006 ainsi que Pascal Durand, Les nouveaux mots du pouvoir. Abécédaire critique, Adem, 2007).