DI-UMONS : Dépôt institutionnel de l’université de Mons

Recherche transversale
Rechercher
(titres de publication, de périodique et noms de colloque inclus)
2017-01-19 - Colloque/Présentation - communication orale - Français - 15 page(s)

Darcis Damien , "Des images qui dénoncent ? La « jungle de Calais » : Banksy et les cœurs en carton" in Que font les images dans la ville ? , Université de Genève, Suisse, 2017

  • Codes CREF : Esthétique (DI5440), Architecture et art urbain (DI5221), Philosophie (DI5400)
  • Unités de recherche UMONS : Arts et Techniques de représentation (A550)
  • Instituts UMONS : Institut de recherche en sciences et technologies du langage (Langage)
  • Centres UMONS : Urbanisation Revitalisation Bâtiment Architecture Innovations Espaces (URBAINE)
Texte intégral :

Abstract(s) :

(Français) Des images qui dénoncent ? La « jungle de Calais » : Banksy et les cœurs en carton Dans cette intervention, je souhaiterais interroger le potentiel politique des images dans l’espace urbain en partant de la confrontation entre deux types de réalisations s’exposant dans un cadre spécifique : la ville de Calais, désormais associée au « problème des migrants ». J’analyserai, d’un côté, trois œuvres de l’artiste Banksy : la première, à l’entrée des camps de fortunes, représente Steve Jobs en migrant ; la seconde, sur le mur d’une rue, à quelques pas du beffroi et de l’hôtel de ville, détourne l’une des œuvres les plus connues de l’histoire de l’art, Le radeau de la méduse de Géricault ; la troisième, sur un poste de secouriste sur la plage, met en scène un enfant regardant l’Angleterre à travers une lunette sur laquelle est posé un vautour. Je m’intéresserai, de l’autre côté, à une série d’œuvres, réalisées par des anonymes, en des endroits plus éloignés, moins visibles, sur les murs, les portes, voire les fenêtres, dans certains cas de « squats » abritant, entre autres personnes, des migrants. Celles-ci représentent souvent, de façon naïve, voire enfantine, des gens se tenant la main, des colombes, des cœurs ou des étoiles, parfois ponctuées de phrases diverses. Les œuvres de Banksy font passer un message directement politique dénonçant la situation des migrants – message relayé par de nombreux médias jusqu’au New York Times. Elles ont pourtant suscité des réactions particulières. Rapidement mise en valeur, tant par les amateurs d’art que par les autorités politiques, elles furent, tout aussi vite, l’objet de « dégradations ». Celles-ci consistaient notamment en la surimpression d’images ou de phrases diverses. Pour pallier à ce qui fut présenté comme du vandalisme, la mairie de Calais fit mettre les œuvres sous plaques de plexyglas afin, comme l’explique le communiqué, « de les sanctuariser pour que tous puissent en profiter ». Avant leur nettoyage, on pouvait lire sur l’une d’elles : « Les autorités se préoccupent plus des œuvres de Banksy que des migrants ». À l’inverse, les œuvres d’anonymes ne comportent apparemment aucun message politique. Elles se bornent le plus souvent à représenter des symboles « rassembleurs ». Pourtant, elles sont systématiquement effacées des murs de la ville ou détruites lorsqu’elles sont réalisées, par exemple, sur des panneaux de bois ou de carton. On pourrait facilement lever cette contradiction apparente en posant que l’attitude des autorités, soutenues par des représentants du monde de l’art, est dictée par le souci de préserver les œuvres d’un des artistes les plus en vues sur la scène de l’art contemporain. Inversement, on pourrait expliquer l’effacement des œuvres anonymes par leur absence de qualité esthétique intrinsèque. Il me semble cependant que cette contradiction met en jeu d’autres facteurs, plus fondamentaux, qui touchent directement au potentiel politique des œuvres : Banksy intervient dans des lieux qu’il choisit pour leur portée symbolique et/ou leur visibilité alors que les anonymes s’expriment dans des lieux imprévus, en marge, là où on ne les attend pas ; Banksy maîtrise une série de procédés, de codes, de référents de sorte que ses interventions sont immédiatement perçues comme des œuvres d’art alors que les anonymes produisent des images « simples » qui en appellent d’autres ; Banksy adresse un message qui ne remet pas en question l’existence et la forme du système qu’il dénonce – comme en témoigne, outre la figure de Steve Jobs en migrant, une nouvelle œuvre, cette fois réalisée en face de l’ambassade de France à Londres – alors que les œuvres des anonymes tendent plutôt à ouvrir et faire exister un autre lieu de vie. En somme, j’interrogerai et confronterai le potentiel politique de ces deux types d’images dans l’espace urbain en partant de la relation interactive qu’elles impliquent entre trois facteurs : le site d’inscription, le mode de réalisation et la performativité des œuvres. Ce que les autorités conservent ou effacent des murs de Calais, ce sont peut-être moins des  images que ce à quoi elles ouvrent. Notice biographique – CV Docteur en philosophie de l’Université de Liège en 2010, détenteur d’un DEA en Esthétique et philosophie de l’art, Damien Darcis dirige aujourd’hui le service « Art et Techniques de Représentation » de l’Université de Mons. Il assure les missions d’enseignement et de recherche en philosophie de l’art et en philosophie politique. Dans ce domaine, ses travaux s’inscrivent dans le champ de l’esthétique politique et s’appuient notamment sur des auteurs comme Michel Henry, Gilles Deleuze et Jacques Rancière. En 2015, il a dirigé, avec Catherine Gravet, la publication d’un numéro des Cahiers internationaux du symbolisme consacré au patrimoine. En 2016, il dirige, avec Jeremy Hamers, la publication d’un volume de la revue MethIS intitulé Agir dans/sur la ville (à paraître en automne 2016). Avec Jeremy Hamers et Marjorie Ranieri, il organise le second volet du colloque international Agir dans la ville. Art et politique dans l’espace urbain (septembre 2016). Lien bibliographique : https://applications.umons.ac.be/webapps/webdiumons/mespublications.aspx